avalw news
Hugo LefèvreHugo LefèvreVIEW PROFILE →

Après MiCA, la bataille de MiCA 2 : pourquoi l'AMF veut confier la surveillance des cryptos à l'Europe

markets2026-08-26 · 3 min read · 0 reads

À peine MiCA pleinement en vigueur, Bruxelles prépare déjà la suite. Au cœur des débats, une idée défendue par l'AMF française : centraliser la surveillance des cryptos à l'échelle européenne plutôt que nationale.

Une régulation déjà en mutation

Le monde de la cryptomonnaie en Europe vient tout juste de franchir une étape historique avec l'entrée en vigueur complète du règlement MiCA. En France, la période de transition qui permettait aux prestataires de services sur actifs numériques de continuer à opérer sans agrément spécifique s'est achevée le premier juillet 2026, marquant un vrai tournant.

Désormais, seuls les acteurs dûment agréés dans le cadre de MiCA, ou certaines entités financières éligibles et notifiées, peuvent proposer des services liés aux cryptoactifs sur le territoire français. Cette clarification était attendue depuis longtemps par un secteur qui réclamait des règles stables pour se développer sereinement et attirer les investisseurs institutionnels.

Pourtant, alors que l'encre de MiCA est à peine sèche, les regards se tournent déjà vers l'avenir. À Bruxelles comme à Paris, les discussions ne portent plus seulement sur l'application du texte actuel, mais sur ce qui viendra ensuite, car chacun s'accorde à dire que cette première version n'est qu'une étape dans un chantier bien plus vaste.

Vers une supervision centralisée à l'ESMA

Après MiCA, la bataille de MiCA 2 : pourquoi l'AMF veut confier la surveillance des cryptos à l'Europe

Les échanges au sein des institutions européennes tout au long de 2026 ont convergé vers une idée forte, celle d'une future réforme souvent surnommée MiCA 2. Cette nouvelle mouture pourrait voir le jour dans une fenêtre située entre 2027 et 2028, et elle promet de redessiner en profondeur l'architecture de la surveillance du secteur.

Le cœur de cette réforme envisagée concerne la question, hautement stratégique, de savoir qui contrôle réellement les acteurs de la crypto. L'hypothèse qui gagne du terrain consiste à faire remonter une partie de la supervision vers l'ESMA, l'autorité européenne des marchés financiers, plutôt que de la laisser entre les mains des régulateurs de chaque pays.

Un tel changement serait loin d'être anodin sur le plan politique et pratique. Il signifierait que les plus grandes plateformes et émetteurs seraient surveillés directement à l'échelle européenne, ce qui garantirait une application plus homogène des règles et limiterait le risque de voir certains acteurs s'installer là où le contrôle est le plus souple.

Pourquoi l'AMF pousse dans ce sens

Dans ce débat, la France occupe une position particulièrement active et engagée. L'Autorité des marchés financiers, le gendarme boursier français, figure parmi les plus ardents défenseurs de cette centralisation de la supervision au niveau européen, une position qu'elle défend depuis plusieurs années avec constance.

La logique de l'AMF repose sur un constat simple mais préoccupant. Si chaque pays applique et interprète MiCA à sa manière, avec des moyens et des degrés de sévérité différents, le risque est de voir apparaître une forme de concurrence entre régulateurs, où certains États pourraient être tentés d'attirer les entreprises en se montrant moins exigeants que leurs voisins.

En confiant les clés à une autorité unique comme l'ESMA, l'objectif serait d'assurer un traitement équitable et cohérent sur l'ensemble du marché unique. Pour l'AMF, c'est aussi une manière de renforcer la crédibilité de l'Europe face aux grands acteurs mondiaux et de mieux protéger les investisseurs européens contre les dérives.

Le marché naissant des stablecoins en euros

Cette réflexion sur la supervision intervient alors que certains segments du marché, comme celui des stablecoins, commencent tout juste à structurer sous le régime MiCA. La société Circle a par exemple obtenu dès juillet 2024 un agrément d'établissement de monnaie électronique auprès de l'ACPR, rendant ses jetons conformes très tôt.

Le marché européen reste toutefois modeste pour l'instant, ce qui laisse une large marge de progression. À la fin de 2025, on comptait dix-sept émetteurs de stablecoins agréés sous MiCA, supervisant ensemble un marché de jetons libellés en euros d'une taille d'environ 450 millions de dollars, encore très loin de la domination des stablecoins en dollars.

Ce que MiCA 2 pourrait changer

C'est précisément parce que ce marché est encore jeune que la manière dont il sera encadré dans les prochaines années aura un impact déterminant. Une supervision plus centralisée et cohérente pourrait rassurer les acteurs sérieux et favoriser l'émergence d'un véritable écosystème européen de stablecoins et de services crypto de confiance.

Le grand défi de MiCA 2 sera de trouver le juste équilibre, celui qui protège efficacement les investisseurs sans étouffer l'innovation ni pousser les entreprises à s'exiler. Si l'Europe, portée par des voix comme celle de l'AMF, parvient à ce dosage subtil, elle pourrait s'imposer durablement comme la référence mondiale en matière de régulation des cryptoactifs.

Hugo Lefèvre
Stay updated
Hugo Lefèvre
Subscribe to get an email whenever Hugo Lefèvre publishes a new story. No spam, unsubscribe anytime.
Hugo Lefèvre
WRITTEN BY THE AUTHOR
Hugo Lefèvre
2026-08-26 · 3 min read · 0 reads
View profile →
VERIFY THIS STORY
ASK AI
MORE FROM Hugo Lefèvre
Report this articlesupport@avalw.com