Hugo LefèvreVIEW PROFILE →
Sociétés-trésor : quand les entreprises accumulent 1,26 million de bitcoins, mais plus au même rythme
Près de 200 sociétés cotées détiennent désormais plus de 1,26 million de bitcoins, soit plus de 6 % de l'offre totale. Mais en 2026, la stratégie se fissure : certaines accumulent encore, d'autres allègent leurs positions. Décryptage d'un phénomène qui redéfinit la finance d'entreprise.
Longtemps cantonné aux particuliers passionnés et aux fonds spéculatifs, le bitcoin a fait une entrée remarquée dans les bilans des grandes entreprises cotées. Le phénomène des sociétés-trésor, ces firmes qui accumulent des cryptoactifs comme réserve de valeur, s'est imposé en 2026 comme l'une des tendances les plus structurantes du secteur financier.
Ce mouvement n'est pas anodin, car il transforme la nature même de la demande pour les cryptomonnaies. Il ne s'agit plus seulement de spéculation à court terme, mais d'une stratégie d'allocation d'actifs assumée au plus haut niveau des directions financières. Pourtant, derrière l'enthousiasme affiché, des lignes de fracture commencent clairement à apparaître.
Un mouvement d'ampleur historique

Les chiffres donnent la mesure du basculement en cours. En juillet 2026, on estime qu'environ 200 sociétés cotées détenaient collectivement plus de 1,26 million de bitcoins, pour une valeur avoisinant les 79 milliards de dollars. Cela représente à lui seul plus de 6 pour cent des 21 millions de bitcoins qui existeront jamais.
Cette rareté programmée est précisément ce qui rend la dynamique si spectaculaire aux yeux des observateurs. Au début de l'année 2026, les avoirs des entreprises ont atteint un niveau record, les institutions achetant à un rythme équivalent à 2,8 fois la nouvelle offre issue du minage, exerçant ainsi une pression considérable sur la disponibilité de l'actif.
La figure de proue de ce mouvement reste sans conteste Strategy, l'entreprise anciennement connue sous le nom de MicroStrategy. Avec 843 775 bitcoins recensés au 12 juillet 2026, elle demeure de très loin le plus important détenteur institutionnel, incarnant à elle seule la philosophie d'accumulation massive et continue qui a inspiré de nombreux imitateurs.
Une stratégie qui se fissure
Mais l'année 2026 marque aussi un tournant plus nuancé dans cette belle histoire de conviction. Car la tendance est loin d'être uniforme d'une entreprise à l'autre, et les trajectoires divergentes révèlent des visions désormais opposées quant à la place que doit occuper le bitcoin dans une trésorerie d'entreprise saine.
D'un côté, plusieurs acteurs continuent de renforcer activement leurs positions. American Bitcoin, Strive, Metaplanet ou encore Coinbase ont poursuivi leurs achats. American Bitcoin Corp a ainsi porté ses avoirs à 8 000 bitcoins lors de son dernier achat début juillet, tandis que Strive a étendu sa trésorerie à 19 900 bitcoins à la mi-juillet.
De l'autre côté, un camp plus prudent a fait le choix inverse en allégeant ses réserves au cours de l'année. Des noms bien connus du secteur comme Riot, MARA, mais aussi Strategy et Trump Media ont réduit leurs positions en bitcoin, signe que la confiance aveugle des débuts cède la place à une gestion plus tactique et opportuniste.
L'Ethereum entre dans la danse
Le phénomène ne se limite d'ailleurs plus au seul bitcoin, puisque l'Ethereum s'invite désormais dans les stratégies de trésorerie. Sur ce terrain, BitMine Immersion Technologies s'est imposée comme le plus grand détenteur institutionnel mondial, avec une trésorerie totale atteignant 1,297 million d'ETH, valorisée à environ 5,77 milliards de dollars.
Cette diversification vers la deuxième cryptomonnaie du marché témoigne d'une maturité croissante de l'approche institutionnelle. Elle suggère que les entreprises ne considèrent plus le bitcoin comme le seul actif numérique digne de figurer à leur bilan, ouvrant la voie à des allocations plus larges et potentiellement plus risquées.
Pour l'investisseur français, cette évolution mérite une attention particulière. La solidité de ces sociétés-trésor dépend désormais étroitement du cours des cryptoactifs, créant un lien inédit entre les marchés boursiers traditionnels et un univers réputé pour sa volatilité. La prudence reste donc de mise face à un modèle encore jeune et non éprouvé sur un cycle complet.






