Hugo LefèvreVIEW PROFILE →
MiCA en France : au 1er juillet 2026, seules les plateformes crypto agréées par l'AMF pourront opérer
La période transitoire du règlement européen MiCA s'achève le 30 juin 2026 en France. A partir du 1er juillet, seuls les prestataires agréés par l'AMF pourront proposer des services sur crypto-actifs, sous peine de lourdes sanctions. Un tournant majeur pour un marché longtemps peu encadré.
Le marché français des crypto-actifs s'apprête à vivre un tournant historique en 2026. Après des années marquées par des régimes nationaux hétérogènes, le secteur bascule vers un cadre européen unifié et bien plus exigeant. Cette transition, portée par le règlement européen MiCA, redéfinit en profondeur les règles du jeu pour les plateformes comme pour les investisseurs particuliers.
La fin de la période transitoire
La date à retenir est celle du 30 juin 2026, jour où prend fin la période transitoire accordée aux prestataires de services sur actifs numériques, plus connus sous le sigle PSAN. A partir du 1er juillet 2026, le règlement MiCA s'appliquera pleinement en France, marquant l'entrée dans une nouvelle ère où l'encadrement devient la norme absolue pour tous les acteurs du secteur.
Ce calendrier s'inscrit dans une mise en oeuvre progressive du texte européen. Les dispositions principales de MiCA sont en effet applicables depuis le 30 décembre 2024, tandis que le régime spécifique consacré aux stablecoins était entré en vigueur un peu plus tôt, dès le 30 juin 2024. La dernière étape franchie en juillet vient donc parachever cet édifice réglementaire construit par étapes successives.
Ce qui change pour les prestataires

Concrètement, les anciens prestataires enregistrés doivent désormais obtenir un agrément en tant que prestataire de services sur crypto-actifs, délivré en France par l'Autorité des marchés financiers, l'AMF. Cette procédure n'a rien d'une simple formalité, puisque l'examen d'un dossier complet peut s'étendre sur une durée pouvant atteindre quatre mois avant toute décision finale.
L'AMF a d'ailleurs tenu à souligner une difficulté récurrente dans ce processus. Selon l'autorité, les demandes initiales sont rarement complètes lors de leur premier dépôt, ce qui nécessite des clarifications et des révisions substantielles de la part des candidats. Les acteurs du secteur sont donc invités à anticiper largement ces démarches pour éviter toute interruption de leur activité.
Pour les prestataires incapables de se mettre en conformité, la loi prévoit une sortie ordonnée du marché. Ces derniers devaient organiser une cessation progressive de leurs activités au plus tard le 30 mars 2026, en veillant à ce que leurs clients puissent transférer leurs avoirs vers des acteurs agréés ou liquider leurs positions dans de bonnes conditions, sans se retrouver démunis du jour au lendemain.
L'ampleur du défi apparaît clairement dans les chiffres disponibles. En janvier 2026, on dénombrait encore 90 PSAN français non conformes au nouveau cadre, et parmi eux, 40 pour cent déclaraient ne pas avoir l'intention de demander l'agrément. A l'échelle européenne, plus de 170 prestataires avaient déjà obtenu leur agrément MiCA au début de l'année 2026, signe d'une dynamique bien engagée.
Sanctions et surveillance renforcée
Le respect de ces nouvelles obligations ne relève pas du volontariat, et les contrevenants s'exposent à de lourdes conséquences. Le fait de proposer des services sur crypto-actifs sans l'agrément requis est passible d'une peine de deux ans d'emprisonnement, assortie d'une amende de 30 000 euros. Un dispositif dissuasif destiné à assainir durablement un marché encore jeune.
Pour faire appliquer ces règles, l'AMF dispose de plusieurs outils de surveillance active. L'autorité prévoit de publier une liste noire des prestataires non autorisés, d'émettre des avertissements publics à destination des épargnants, et même de bloquer si nécessaire les sites internet des plateformes opérant en dehors du cadre légal. Une liste blanche des acteurs agréés est par ailleurs consultable en ligne.
Des protections renforcées pour les utilisateurs
Au-delà des contraintes imposées aux entreprises, cette réforme vise avant tout à mieux protéger les utilisateurs. La supervision est partagée entre deux autorités, l'AMF régulant les prestataires de services, tandis que l'ACPR contrôle l'émission des stablecoins. Au début de l'année 2026, on comptait environ 30 émetteurs de stablecoins actifs opérant sous le régime encadré par MiCA.
Les plateformes agréées se voient imposer une série d'obligations concrètes au bénéfice de leurs clients. Parmi celles-ci figurent la séparation stricte des avoirs des clients, la publication d'un livre blanc standardisé, la divulgation de l'impact environnemental des actifs, la mise en place de procédures de traitement des plaintes, ainsi qu'une transparence renforcée sur la tarification des services proposés.
En définitive, l'année 2026 restera comme celle de la maturité pour la crypto en France. En troquant un cadre national fragmenté contre des exigences comparables à celles des services d'investissement traditionnels, le pays cherche à concilier innovation et sécurité. Pour les investisseurs, la vigilance reste de mise, mais l'environnement dans lequel ils évoluent gagne indéniablement en clarté et en fiabilité.





