Hugo LefèvreVIEW PROFILE →
La France bascule vers MiCA en 2026 : la fin de la période de transition pour les acteurs des cryptomonnaies
Le 1er juillet 2026 marque la fin de la période de transition en France pour les prestataires de services sur crypto-actifs. Désormais, ils doivent obtenir un agrément au titre du règlement européen MiCA pour poursuivre leur activité, sous peine de sanctions pouvant atteindre deux ans de prison et 3
Le marché français des cryptomonnaies connaît en 2026 une transformation majeure de son cadre réglementaire. Après des années durant lesquelles la France avait développé son propre dispositif national, le pays achève désormais son basculement vers le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs, plus connu sous le sigle MiCA. Cette évolution marque une étape décisive dans l'harmonisation des règles applicables au secteur à l'échelle de toute l'Union européenne.
Le calendrier du règlement MiCA
Le règlement MiCA est entré en vigueur le 29 juin 2023, posant les bases d'un cadre commun pour l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Sa mise en application s'est toutefois échelonnée dans le temps. En France, les dispositions relatives aux prestataires de services sur crypto-actifs sont devenues applicables le 30 décembre 2024, tandis que la possibilité de déposer une demande d'agrément avait été ouverte dès le 1er juillet 2024.
La transposition de ce cadre européen dans le droit français a nécessité plusieurs étapes législatives. Une ordonnance française relative à MiCA a ainsi été publiée le 17 octobre 2024, précisant les modalités concrètes d'application du règlement sur le territoire national. Ces différentes échéances témoignent de la complexité du processus, qui impliquait de concilier un dispositif national déjà existant avec les nouvelles exigences imposées par la réglementation européenne.
La fin de la période de transition

L'élément central de cette année 2026 est sans conteste la fin de la période de transition, fixée au 1er juillet 2026. Cette période avait été accordée aux prestataires qui exerçaient déjà des activités liées aux crypto-actifs avant l'entrée en application du règlement, le 30 décembre 2024. Elle leur permettait de continuer à proposer leurs services pendant un délai supplémentaire, le temps de se mettre en conformité avec les nouvelles obligations.
Concrètement, cette phase transitoire concernait les acteurs qui, en France, avaient obtenu un enregistrement ou un agrément avant le 30 décembre 2024. Il s'agissait notamment des prestataires relevant de l'ancien statut national, souvent désignés par le sigle PSAN. À compter du 1er juillet 2026, ces mêmes acteurs doivent impérativement obtenir un agrément en tant que prestataire de services sur crypto-actifs pour pouvoir poursuivre leur activité.
Ce changement représente un tournant important pour l'ensemble du secteur. Le passage d'un régime national vers un cadre européen unifié implique des exigences renforcées en matière de transparence, de gouvernance et de protection des investisseurs. Pour de nombreux acteurs, cette transition constitue à la fois une contrainte administrative et une opportunité, puisqu'un agrément européen leur ouvre la possibilité d'exercer dans l'ensemble des pays de l'Union.
Autorisation, délais et sanctions
L'obtention de l'agrément ne se fait pas de manière instantanée. Selon les informations disponibles, la période d'examen d'un dossier par l'Autorité des marchés financiers, l'AMF, peut atteindre jusqu'à quatre mois une fois que le dossier complet a été déposé. Ce délai souligne l'importance pour les entreprises concernées d'anticiper leurs démarches, afin d'éviter toute interruption de leur activité au moment de l'échéance fixée par le règlement.
Les conséquences d'un défaut d'autorisation sont particulièrement lourdes. À partir du 1er juillet 2026, tout prestataire qui poursuivrait ses activités sans disposer de l'agrément requis s'expose à des sanctions pénales. Celles-ci peuvent aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement, assortis d'une amende de 30 000 euros. Ces mesures témoignent de la volonté des autorités de garantir le respect strict du nouveau cadre réglementaire en vigueur.
Pour les entreprises qui ne parviendraient pas à obtenir l'agrément, un dispositif de cessation ordonnée a été prévu. Les prestataires concernés sont invités à mettre en place des plans de cessation d'activité au plus tard le 30 mars 2026. Ces plans doivent notamment garantir que les clients puissent récupérer leurs crypto-actifs et les transférer vers des prestataires dûment autorisés, afin d'éviter que les utilisateurs ne se retrouvent pénalisés par cette évolution.
La supervision de l'AMF et l'avenir
L'AMF dispose par ailleurs de plusieurs outils pour faire respecter ces nouvelles règles. L'autorité peut notamment publier une liste noire des prestataires non autorisés, afin d'alerter le public sur les acteurs qui exerceraient en dehors du cadre légal. Elle a également la possibilité d'engager des actions en justice, pouvant aller jusqu'au blocage des sites internet des prestataires qui continueraient d'opérer sans respecter la réglementation en vigueur.
Une fois la période de transition achevée, la France s'appuie désormais pleinement sur le régime européen. Les prestataires souhaitant offrir des services sur crypto-actifs doivent donc soit obtenir un agrément au titre de MiCA, soit recourir à une procédure de notification prévue par le règlement pour les acteurs déjà autorisés dans un autre État membre. Ce mécanisme illustre la logique d'un véritable marché unique européen des crypto-actifs.
Ce basculement place la France dans une position particulière. Le pays avait été l'un des premiers en Europe à se doter d'un cadre spécifique pour les acteurs des cryptomonnaies, en imposant depuis plusieurs années des obligations strictes en matière de lutte contre le blanchiment d'argent. En adoptant désormais le standard européen, la France cherche à conjuguer son expérience nationale avec les avantages d'une réglementation commune à l'ensemble du continent.
En définitive, l'année 2026 apparaît comme une année charnière pour l'écosystème français des crypto-actifs. La fin de la période de transition impose aux acteurs du secteur de s'adapter rapidement, sous peine de sanctions, tout en leur offrant la perspective d'un accès élargi au marché européen. Les prochains mois permettront de mesurer dans quelle proportion les prestataires auront réussi à franchir cette étape et à s'inscrire durablement dans le nouveau cadre.





