Hugo LefèvreVIEW PROFILE →
Régulation des cryptomonnaies en France, l'échéance MiCA du 1er juillet 2026 approche
Les prestataires de services sur actifs numériques en France doivent obtenir leur agrément MiCA avant le 1er juillet 2026. Plus de la moitié du marché pourrait disparaître selon l'AMF.
Le paysage des cryptomonnaies en France s'apprête à connaître un bouleversement majeur au cours de l'année 2026. Une échéance réglementaire cruciale se profile à l'horizon, obligeant l'ensemble des acteurs du secteur à se conformer à un nouveau cadre européen. Cette transition pourrait redessiner en profondeur le marché français.
Une échéance couperet fixée au 1er juillet 2026
Au cœur de cette transformation se trouve le règlement européen connu sous le nom de MiCA, pour Markets in Crypto-Assets. En France, la période de transition accordée aux prestataires de services sur actifs numériques, les PSAN, prendra définitivement fin le 1er juillet 2026. Après cette date, les règles du jeu changeront radicalement.
Concrètement, à partir du 1er juillet 2026, seuls les prestataires ayant obtenu un agrément en tant que prestataires de services sur crypto-actifs, ou CASP, pourront continuer à exercer leur activité sur le territoire français. L'Autorité des marchés financiers, l'AMF, a tenu à rappeler cette obligation avec la plus grande fermeté.
Un marché encore largement non conforme

Le constat dressé au mois de janvier 2026 est pour le moins préoccupant. À cette date, environ quatre-vingt-dix prestataires enregistrés en France ne disposaient toujours pas de la licence MiCA requise. Cette situation soulève de sérieuses interrogations quant à la capacité du secteur à respecter le calendrier imposé par les autorités.
Dans le détail, seuls trente pour cent de ces prestataires avaient effectivement soumis une demande d'agrément. Plus inquiétant encore, quarante pour cent d'entre eux ont indiqué n'avoir aucune intention de déposer un dossier. Enfin, les trente pour cent restants n'ont tout simplement pas répondu aux sollicitations répétées de l'AMF.
Des sanctions dissuasives
Les conséquences du non-respect de cette réglementation sont particulièrement lourdes. Selon le Code monétaire et financier, les prestataires qui poursuivraient leur activité sans autorisation s'exposent à des sanctions sévères. Celles-ci peuvent aller jusqu'à une peine de deux ans d'emprisonnement, assortie d'une amende de trente mille euros.
Par ailleurs, l'AMF dispose de plusieurs leviers pour faire appliquer ces règles. L'autorité peut notamment publier des listes noires recensant les prestataires non enregistrés, émettre des avertissements publics à destination des investisseurs, et même engager des actions en justice afin de bloquer l'accès aux sites internet des acteurs non autorisés.
Un processus d'agrément exigeant
Obtenir le précieux sésame n'est toutefois pas une mince affaire. Le délai d'examen d'une demande d'agrément CASP peut s'étendre jusqu'à quatre mois, à condition que le dossier soit complet. Or, l'AMF souligne que les versions initiales des dossiers qui lui sont soumis sont rarement complètes, nécessitant souvent des clarifications ou des révisions substantielles.
Pour les acteurs qui ne parviendraient pas à se mettre en conformité, une procédure spécifique a été prévue. Ces derniers devaient soumettre leurs plans de cessation d'activité avant le 30 mars 2026. L'objectif est de garantir que les clients puissent transférer leurs actifs numériques vers des prestataires agréés ou liquider leurs avoirs dans de bonnes conditions.
Le cadre juridique de la transition
Cette transition ne s'est pas faite du jour au lendemain, mais repose sur un socle juridique précis. Elle a été encadrée par l'ordonnance numéro 2024-936, adoptée en octobre 2024, ainsi que par le décret numéro 2025-169, publié en février 2025. Ces textes ont posé les fondations du basculement vers le standard européen commun.
Il est important de noter que les nouvelles entreprises souhaitant se lancer étaient déjà soumises à l'obligation d'obtenir un agrément MiCA depuis le 30 décembre 2024. L'échéance de la mi-2026 vise donc spécifiquement les opérateurs historiques qui exerçaient jusqu'alors sous l'ancien régime français des PSAN, mis en place dès l'année 2019.
Vers une possible consolidation du marché
Les projections concernant l'avenir du marché français sont assez frappantes. Selon certaines estimations, plus de la moitié des prestataires de services en cryptomonnaies présents en France pourraient être contraints de quitter le marché d'ici le milieu de l'année 2026. Une véritable épreuve de vérité s'annonce donc pour le secteur.
Toutefois, cette contrainte s'accompagne d'une opportunité considérable pour ceux qui réussiront. Les prestataires qui obtiendront leur agrément bénéficieront en effet d'un droit d'exercer leur activité à l'échelle de l'ensemble de l'Union européenne, couvrant ainsi les vingt-sept États membres. Un avantage stratégique tout à fait non négligeable.
Comme l'a résumé Marie-Anne Barbat-Layani, la présidente de l'AMF, les entreprises qui ne parviendront pas à obtenir la licence requise doivent impérativement disposer de plans structurés pour cesser leurs opérations et gérer efficacement le départ de leurs clients. La France, pionnière avec son régime PSAN, tourne ainsi une page de son histoire réglementaire.





